Environ une disparition sur quatre est jugée inquiétante en France. Explications.

Loona, 14 ans, disparue samedi à Puisseaux (Loiret). Morgane, 15 ans, disparue à Bois-d’Arcy (Yvelines). Sirine, 16 ans, disparue à Herblay-sur-Seine (Val-d’Oise). Si l’immense majorité des 40 000 disparitions comptabilisées chaque année ne sont que de simples fugues ou disparitions volontaires rapidement élucidées, environ 10 000 cas sont considérés comme inquiétants, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Ce qu’il faut savoir sur les disparitions inquiétantes en cinq questions.

À partir de quand une disparition est-elle jugée inquiétante ?

« C’est une question compliquée. Il est très difficile de donner des critères, puisqu’il n’y en a pas », prévient d’emblée Philippe Guichard, le patron de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP). Par principe, les disparitions d’enfant et de majeur protégé (tutelle, curatelle ou sauvegarde de justice) sont présumées inquiétantes. « Mais dans les faits, il y a certains préadolescents qui fuguent très régulièrement et qui sont retrouvés très vite. Dans ces cas-là, la fugue sera jugée inquiétante si elle dure vraiment », nuance-t-il.

Pour les majeurs non protégés, il appartient aux policiers ou aux gendarmes de « qualifier » la disparition, au cas par cas. « Cela tient au fait qu’en France, un majeur est libre d’aller et venir comme il l’entend, sans nécessairement en informer ses proches. Disparaître n’est pas une infraction pénale », rappelle le commissaire Guichard, qui a travaillé sur plusieurs affaires, toujours en cours, de disparitions très médiatisées.

Lorsqu’un individu se volatilise, il s’agit, dans la majorité des cas, de simples fugues ou disparitions volontaires. Aussi, une disparition peut être jugée inquiétante lorsque aucun élément ne peut laisser penser à une fugue, mais qu’il n’y a pas non plus de preuve d’enlèvement ou de mort.Par exemple, si la personne disparue est dépressive, a reçu des menaces ou que tout autre élément laisse penser que celle-ci court un danger.

Toute personne disparue est automatiquement inscrite au fichier des personnes recherchées (FPR), qui est étendu à tous les pays de l’espace Schengen. Si la disparition est jugée inquiétante, son signalement sera alors communiqué au niveau national, afin que toutes les gendarmeries et commissariats de France en soient informés.

Comment démarre une enquête ?

En cas de disparition jugée inquiétante, le parquet doit en être avisé. C’est ce dernier qui décide, ou non, de lancer des investigations. « Cela se fait d’abord en local, dans les commissariats de sécurité publique ou dans les brigades territoriales de gendarmerie », explique Philippe Guichard. Dans un second temps, un service spécialisé local peut être saisi, avec l’appui éventuel de l’OCRVP.

Pour mener à bien leurs investigations, les enquêteurs peuvent lancer des réquisitions. « Sont examinées en priorité les ressources bancaires, puisqu’une personne qui disparaît a besoin de vivre. Puis il y a la téléphonie, et même les réseaux sociaux, pour tenter de localiser le ou la disparue et d’analyser les raisons possibles d’un départ ».

À partir de quel moment peut-il être décidé de lancer un appel à témoins ?

La disparition a pour particularité de ne laisser, souvent, que peu d’indices : il n’y a pas de scène de crime, pas d’arme et souvent peu de témoins immédiats. Dans les cas de disparitions de mineurs, les appels à témoins sont lancés généralement assez rapidement, au niveau local, via la presse régionale et les réseaux sociaux.

« Pour les enquêtes criminelles que nous gérons [à l’OCRVP], il faut qu’il y ait un vrai besoin », précise Philippe Guichard, qui a 80 enquêteurs dans son service. « Un appel à témoins peut par exemple nous permettre de faire avancer un dossier qui patine parce que l’enquête de voisinage n’a pas été menée correctement au moment des faits ».

Comment les appels à témoins sont-ils traités ?

Chaque appel ou mail fait l’objet d’une fiche. « Les fiches sont systématiquement priorisées en fonction de leur degré de crédibilité. Ensuite, nous faisons les vérifications, les unes après les autres. » Une tâche qui peut s’avérer fastidieuse, notamment dans le cadre d’enquêtes très médiatisées, qui attirent souvent les témoignages les plus loufoques.

Qu’ont changé les réseaux sociaux dans les enquêtes pour disparition inquiétante ?

La police et la gendarmerie l’ont bien compris : les réseaux sociaux sont accros aux appels à témoins. Les nombreuses pages ou comptes de recherches amateurs sont très suivies. Et offrent aux appels à témoins une caisse de résonance inédite. « Les réseaux sociaux sont désormais systématiquement dans la boucle de diffusion. Ils sont devenus incontournables », souligne Philippe Guichard.

Mais en échappant à tout contrôle, ces plateformes présentent également quelques travers. « Les réseaux sociaux peuvent partir dans tous les sens. Ils peuvent inciter les gens à prendre des initiatives maladroites, qui risquent de nuire à l’enquête. Dans le cas de la disparition de Sophie Le Tan près de Strasbourg, tous les samedis, il y a des groupes qui vont fouiller des forêts. Et qui risquent de saccager une éventuelle scène de crime. »

SOURCE : LE PARISIEN.

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